Je suis mauvais avec la chronologie. J'ai l'âge des pharaons. Les dates je les ai effacées. Azzedine Alaïa

1935-1949

Je n'aime pas les gens qui oublient d'où ils viennent.

Naissance d’Azzedine Alaïa à Tunis, en Tunisie. Sa famille cultive le blé au village de Siliana, mais il habite avec ses grands-parents, Ali et Manou Bia, à Tunis, où il va à l’école. C’est sa mère, Frida, qui l’émancipe pour toujours.

Mes parents vivaient à Siliana. Ils voulaient que ma sœur Hafida et moi recevions une bonne éducation, donc j’ai été élevé par mes grands-parents à Tunis. Ma grand-mère était libre dans la tête, elle nous a élevés, ma sœur et moi, de la façon la plus incroyable !

Azzedine Alaïa à Tunis, 1950

À cette époque, Tunis était une ville où les communautés cohabitaient harmonieusement. C'était un mélange très heureux. Je ne connaissais ni le mot "racisme" ni la différence entre les religions.

Son grand-père Ali, lui lit tous les jeudis soirs “les Contes des milles et une nuits ”, sauf le premier jeudi de chaque mois: la radio retransmet les récitals de Oum Kulthum. Pour tous les habitants de la ville arabe, c’est la fête.

Chaque premier jeudi du mois, nous devions dîner tôt. Nous devions rester calmes, ne pas faire de bruit, car mon grand-père essayait de capter à la radio les ondes venant d’Égypte, car Oum Kulthum chantait. Tous les gens étaient assis par terre, attendant qu’elle chante. Sa voix donnait la chair de poule. C’est la première grande voix que j’ai écoutée dans mon enfance.

Tous les vendredis, jour sans classe, le grand père Ali l’amène au Ciné-Soir, la salle de cinéma d’un ami.

Et me voilà assis sur un strapontin, derrière, et je regarde tous les films égyptiens, italiens, français, américains. Je voyais un film quatre fois, carrément les quatre séances l’une après l’autre.

Tous les samedis, le deuxième jour sans classe il le passe au service des photos d’identité, il aide une fonctionnaire à découper les bords dentelés des photos.

Mon grand-père était officier de police et travaillait au service des passeports et pièces d’identité. Dès l’âge de 10 ans, les jours où je n’avais pas école, il m’emmenait au travail avec lui, et je passais la journée assis à côté de Mademoiselle Angèle, la fille qui faisait les cartes d’identité. J’aimais particulièrement les photos des italiennes. Elles étaient si belles. Je les collectionnais, je les mettais dans une grande enveloppe, les emportais à la maison, les rangeais par catégorie: les blondes, les brunes… je faisais des étiquettes. Trier ces photos était mon jeu préféré.

Madame Pineau avait aidé à accoucher le dernier enfant de Manou Bia et avait fini par faire partie de la famille. C’est elle qui lui ouvre les portes des Beaux-Arts de Tunis.

Madame Pineau, la sage-femme qui m’a mis au monde était comme ma deuxième mère. J’allais tout le temps chez elle et j’y dormais le samedi et le dimanche. C’est elle qui m’a fait entrer à l’école locale des beaux-arts, malgré mes 15 ans. Elle m’a donné des livres sur des peintres majeurs, et je devais copier les peintures, celui que j’admirais le plus c’était Vélasquez. Elle est allée voir le professeur et lui a dit: " Écoutez, c’est moi qui l’ai mis au monde. Je peux vous assurer qu’il a 16 ans." C’est elle qui m’a appris la mode, on choisissait ensemble ses vêtements dans le catalogue de La Redoute. Elle me donnait des crayons et je faisais des copies.

1950-1955

portrait d'AZZEDINE ALAÏA dessiné par Jellal ben abdallah

Azzedine Alaïa étudie à l’Ecole des Beaux-Arts, à Tunis, à l’insu de son père. Il y rencontre Latifa Bach Hamba, qui deviendra sa plus proche et chère amie.

On a fait l'école des Beaux-Arts ensemble. Nous devions faire des moulages en terre glaise et des copies des modèles. Des pieds, des mains.

Afin de financer ses études, il coud des ourlets pour une couturière locale.

Hafida, sœur d'azzedine alaïa à Tunis, 1956

Ma sœur était au Collège des sœurs de Sion. Elle devait faire des échantillons de couture avec différent points, mais elle détestait la couture. C’est donc moi qui faisais son cahier, et du coup elle avait de bonnes notes. Pendant les vacances, j’ai travaillé chez une petite couturière qui avait affiché une annonce à la recherche de quelqu’un pour faire le travail de finition. Je suis allé la voir pour ma sœur pour qu’elle puisse faire de la couture à la maison. À la fin ma sœur et moi avons faits tous les deux les travaux de couture la nuit assis sur notre lit et je rapportais les robes le jour suivant. Je prenais un travail pour acheter du charbon et du papier pour l’école.

Deux jeunes filles de la haute bourgeoisie Tunisienne qui aiment son travail, le présentent à Madame Richard, une couturière française qui achète à Paris des patrons Haute Couture et reproduit les modèles pour ses clientes tunisiennes.

J’apprends à faire les boutonnières, à piquer les revers, et je surfile. Madame Richard m’a dit qu’il fallait que je consacre tout mon temps à l’apprentissage de la couture.

cheval réalisé par Azzedine Alaïa à l'école des Beaux-Arts

À l’école des Beaux-Arts j’ai notamment fait un cheval que j’ai toujours. Dans la salle des plâtres, j’ai vu un buste de Mme de Pompadour, elle m’a suivie toute ma vie.

Quand j'ai réalisé que je ne deviendrai pas un grand sculpteur, j'ai changé d'orientation.

Il commence à faire des vêtements pour les amies proches, avant toutes, Latifa.

Latifa, le jour de son mariage avec Jellal ben Abdallah, 1957

Latifa avait la taille la plus fine que je n'ai jamais vue, je m'en servais comme cobaye. Je cousais directement sur elle des jupes que je serrais au maximum pour voir l'effet.

Habiba Menchari, connue pour ses conférences sur l’émancipation des femmes en Tunisie, l’encourage à partir à Paris et grâce à une amie tunisienne cliente de Christian Dior, madame Zeineb Levy-Despas, lui trouve un poste dans les ateliers de la Maison Dior.

Habiba Menchari a appris ce que je faisais et m'a dit que je devais compléter ma formation à Paris. Et me voilà en train de faire des économies pour pouvoir partir. Je commence à travailler seul la couture, je bricole les robes de mes copines des Beaux-Arts.

Je suis arrivé à Paris à la fin des années cinquante. J'arrivais de Tunisie mais je n'avais pas l'impression d'être dans un pays différent. Je me sentais vraiment chez moi en France.

1956-1958

En juin 1956, Alaïa s’installe à Paris pendant la Guerre d’Indépendance de l’Algérie.

azzedine alaïa à paris

Et me voilà au pied de la Tour Eiffel avec mon manteau en poil de chameau  fait chez un tailleur italien de Tunis, ceinturé, revers…il ne manquait pas d’allure !

Il débarque directement de l’aéroport au Champs de Mars chez Madame Levy-Despas.

J'avais une grande admiration pour Madame Levy-Despas. Elle venait elle aussi de Tunisie. Elle était toujours très bien habillée, en Dior. Mais quand je suis arrivé chez Dior, elle m'a à peine regardé et ne m'a jamais invité chez elle.

Il travaille brièvement du 26 au 29 juin 1956 pour la maison Christian Dior dans les ateliers.

J’avais vraiment envie d’apprendre à coudre, à couper, voir comment on fait une robe, percer son mystère.

Au bout de cinq jours il est renvoyé :

J'ai passé cinq jours chez Dior et ensuite ils m'ont licencié. J'ai pleuré.

Il ne trouve pas à se loger, il se rapproche de Leïla Menchari qui est rentrée à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1948. Leïla lui trouve une chambre de bonne où elle habite, rue Lord-Byron.

AZZEDINE ALAÏA ET LEILA MENCHARI sur les Champs-ÉLYSÉES, 1956. COLLECTION PRIVÉE.

Elle m'a aidé à trouver une chambre de bonne, rue Lord-Byron. Là, j'ai aidé la concierge de l'immeuble. Je faisais aussi ses robes. J'étais très heureux et j'ai passé un bon moment!

azzedine alaïa et simone zehrfuss

Je dois beaucoup à madame Zehrfuss, la femme de l'architecte Bernard Zehrfuss. Ils fréquentaient beaucoup de monde, et j'ai rencontré beaucoup de gens chez eux: Prouvé, Calder, Tamayo, César...tous les artistes et architectes de cette époque. Tant de personnes fréquentaient leur salon.

Il a une lettre de recommandation de Tunis qui lui permet de faire la connaissance de Simone Samama Zehrfuss, une femme de la haute société Tunisienne, mariée à l’architecte Bernard Zehrfuss. Simone l’aide à s’installer dans sa chambre et lui donne des meubles de Charlotte Perriand et Prouvé, des amis de la famille.

Il travaille dans sa chambre de bonne rue Lord-Byron, et fait des vêtements pour Simone Zehrfuss et d’autres femmes de la société parisienne, amies des Zehrfuss. Les Zehrfuss l’emmènent en vacances en Italie. Simone lui présente Louise de Vilmorin.

LOUISE DE VILMORIN, 1956 © THE CECIL BEATON STUDIO

Elle m'a beaucoup impressionné. Elle avait un petit sac avec l'emblème de sa famille dessus. Elle m'a invité chez elle à déjeuner le dimanche. Là j'ai rencontré tout ce qui comptait dans le monde artistique et politique.

Tous les dimanches, il est invité par Louise de Vilmorin dans sa propriété de Verrières-le-Buisson, il y rencontre Malraux, René Clair, Orson Welles auquel il dédiera une collection en 1984…Il fera un seul vêtement pour Louise.

J'ai fait un costume pour elle. Je sortais avec elle partout, elle avait beaucoup de style. Avec elle j'ai appris ce qu'étaient l'élégance et le style.

En 1958,  Il déménage Parc Monceau chez la Marquise de Mozon.

Je vivais chez la Marquise. Elle était un peu comme une star italienne de cinéma, très sexy, genre Sophia Loren avec une grande bouche rouge. J'avais ma machine à coudre dans la salle de bains, je faisais tout: les courses, la cuisine...

1958-1959 Alaïa travaille pendant deux saisons pour la Maison du couturier Guy Laroche où Leïla était mannequin.

Guy Laroche était un atelier de couture, donc j'y suis allé pour apprendre la couture.

Guy Laroche drape une robe sur Leïla Menchari

1959

Un soir chez la Marquise de Mozon, à un dîner où il fait le service, il rencontre la Comtesse Nicole de Blégiers. La Comtesse lui offre lui offre une chambre là où elle habite avec ses deux enfants Rue Decamps. Puis, la famille déménage avec un troisième enfant – il emménage dans deux chambres au 95 avenue Victor Hugo. Dans l’une d’elles, il installe sa table de couturier, là, tout en s’occupant des trois enfants, il peut travailler. Il habitera cinq ans chez la Comtesse.

J'ai eu beaucoup de chance d'avoir rencontré la Comtesse de Blégiers. Je dînais avec la bonne et les enfants. Je suis devenu un assez bon baby-sitter, et je faisais ses robes. C'était la fin de la guerre d'Algérie, et c'était très difficile pour un Tunisien de trouver du travail. Le mari de la Comtesse m'a donné sa carte pour dire que j'étais son "protégé" donc ils ne m'ennuyaient pas quand ils m'arrêtaient dans la rue.

Il peut ainsi travailler au calme, il fait des vêtements pour la Comtesse et au fur et à mesure que sa réputation de couturier grandit, il est amené à en faire pour de nombreuses femmes de la haute société française, parmi lesquelles Cécile, Lina et Marie-Hélène de Rothschild. Un jour un ami tunisien Adel Bennamar, qui est à l’école des Beaux-Arts avec Christoph von Weyhe organise une rencontre chez la Comtesse. C’est un dimanche, le 13 décembre 1959, ils partageront toute leur vie ensemble.

Azzedine et Christoph passent beaucoup de temps avec les Zehrfuss, et tous les dimanches ils sont invités par Louise de Vilmorin à Verrières-le-Buisson. La Comtesse de Blégiers lui laisse souvent organiser des diners chez elle quand elle est en vacances.

Christoph von Weyhe

1960-1962

Entre 1960 et 1962, il voyage avec Christoph en Tunisie, à Sidi Bou Saïd où Latifa et Jellal sont au centre de la vie sociale et de nombreuses fêtes. C’est au cours de l’une d’elles qu’ils rencontrent Jean Daniel et Claude Perdriel du Nouvel Observateur. Ils font tous les deux partie d’un groupe de journalistes surnommé le « Maghreb Circus » qui s’est formé pendant la guerre d’Algérie. Deux amitiés pour la vie.

azzedine alaïa à l'aéroport de Tunis

christoph von weyhe, frédéric somigli et azzedine alaïa

En 1960, Christoph lui présente son ami, le coiffeur Frédéric Somigli, qui lui présente Arletty. Il fait la rencontre de la légendaire actrice française Arletty ( de son vrai nom Arlette-Léonie Bathiat) à l’époque de sa représentation dans L’Étouffe-chrétien de Félicien Marceau au théâtre de la Renaissance et commence à lui créer des vêtements.

ARLETTY DANS LE FILM ‘LES VISITEURS DU SOIR’ DE MARCEL CARNÉ, 1942. PH. ALDO PHOTOGRAPHY, GALERIE AU BONHEUR DU JOUR, PARIS

Je suis allé voir "Hôtel du Nord" au théâtre Le Ranelagh, dans le cadre d'une saison Marcel Carné. Mon ami Frédéric Somigli, son coiffeur, nous a présentés. Je suis sorti totalement bluffé par la voix et le style d'Arletty. Dans le film elle est si moderne, et elle a une voix que vous n'entendez dans aucun autre pays, cela sonne vraiment Français. Elle m'a demandé de venir la voir chez elle, rue Raynouard. Elle m'a commandé un tailleur rose, parce que disait-elle, ça donne bonne mine: "La robe à fermeture éclair, c'est vraiment à cause d'Arletty."

Pour moi, elle représente la France. Arletty c'était la Parisienne, avec sa voix, son style, sa rapidité de pensée. Inoubliable.

1963

Alaïa emménage rue des Marronniers avec son amie mannequin Rosemarie Le Quellec.

Je suis allé vivre avec elle rue des Marronniers. On allait en boîte, on traînait toute la nuit chez Regine's.

azzedine alaïa rue des marronniers, 1963 ph. fondation azzedine alaïa

Il devient l’ami des plus belles mannequins de l’époque. Il se lie d’amitié avec Lison Bonfils mannequin chez Christian Dior et Bettina Graziani qui travaille chez Jacques Fath dont elle est la vedette avec Rosemarie.

À cette époque, les femmes étaient nées mannequins. C'était inné!

ROSEMARIE LE QUELLEC en Jacques Fath ph. Philippe pottier

Bettina Graziani en Jacques Fath ph. anonyme

Lison Bonfils

Il organise et fait des dîners, invite beaucoup de monde à sa table, sa fameuse cuisine commence à prendre forme.

Un soir Arletty et Louise de Vilmorin sont toutes les deux venues dîner chez moi. La confrontation de ces deux femmes intelligentes, aux formes d'esprit et aux styles si différents, a été un moment fantastique.

Dany Saval " Du mouron pour les petits oiseaux" Marcel Carné, 1963

La même année il fait les costumes pour Dany Saval qui joue dans le film de Marcel Carné « Du mouron pour les petits oiseaux. » Dany Saval l’appelait affectueusement Didine.

1964

Dans l'appartement que j'occupais rue de Bellechasse, se trouvaient mon logement, mon atelier et le salon où je recevais les clients.

Dès que j'ai eu mon espace rue de Bellechasse, j'ai habillé toutes les femmes les plus célèbres de Paris. Il y avait tout le temps des Rolls Royce, des Bentley et des limousines qui allaient et venaient dans la rue.

En 1964, grâce à Jean Daniel et Claude Perdriel, il trouve un appartement de 140m2 au 60 rue de Bellechasse où il s’installe avec Christoph von Weyhe. Simone Zerhfuss apporte son soutien financier pour l’aider à emménager son premier atelier. Pendant vingt ans ce sera leur lieu de vie et de travail. Christoph von Weyhe est peintre et poursuit son œuvre tout en aidant Azzedine, c’est lui qui dessine le logo de la maison Alaïa toujours à l’encre de Chine, sur du bolduc blanc.

étiquette avec le logo créé et peint à la main par christoph von weyhe

Christoph dessinait à l'encre de Chine, des étiquettes de fortune que nous cousions à l'intérieur des vêtements ou certains motifs de tissus.

Christoph von Weyhe et azzedine alaïa, rue de bellechasse ph. jean-pierre ronzel

Il fait l’acquisition de sa première œuvre d’art importante, une sculpture copte représentant une tête. Celle-ci avait appartenu à la célèbre Comtesse Greffulhe qui inspira à Proust « La Duchesse de Guermantes. »

tête copte, première moitié du IIème siècle après J-C collection fondation azzedine alaïa

En 1964, il part à Rome avec Louise de Vilmorin et les Zerhfuss. Il en a un souvenir inoubliable, ils visitent le Vatican.

Louise faisait tout ce qui lui passait par la tête.

lettre de louise de vilmorin à azzedine alaïa, 1964. collection fondation azzedine alaïa

Il habille en couture beaucoup de femmes les plus chics de Paris, telles Madame de Surmont, Cécile de Rothschild, Madame Moreira Saltes, la comtesse Cristiana Brandolini…

J’habillais une femme, elle me recommandait à une autre. J’habillais les femmes de Picasso, Mirò, Calder. C’étaient des chances.

Elles voulaient surtout des petites robes d'après-midi, des chemises avec un nœud au cou, des couleurs vives et des imprimés, pas du tout ce que j'aimais. Mais je faisais des vêtements pour Leïla, elle était tellement chic.

azzedine alaïa et leïla menchari , rue de bellechasse ph. jean-pierre ronzel

1965-1967

En 1965, Madame Ida, première d’atelier tailleur qu’il avait connu chez Dior, l’appelle pour qu’il réalise des pièces pour la Maison Yves Saint Laurent. Il réalisera le prototype de la robe emblématique Mondrian et il fabrique aussi un certain nombre de robes Mondrian qu’il livre personnellement rue Spontini à la Maison Yves Saint Laurent.

robe mondrian

Les Zehrfuss sont toujours très proches de Christoph von Weyhe et d’Azzedine Alaïa. En 1965, Simone et Bernard Zehrfuss les invitent à Venise, à l’hôtel Bauer.

christoph von weyhe, azzedine alaïa avec simone et bernard zehrfuss

azzedine alaïa et Christoph von weyhe, venise ph. dominique zehrfuss

Louise de Vilmorin se lie à nouveau à Malraux, ils vivent ensemble à Verrières-le-Buisson.

Louise m’adorait, elle me mettait toujours à côté d’elle à table. Et moi le petit tunisien j’ai dîné avec André Malraux, Orson Welles, César, René Clair… Tout me semblait normal, je réalisais après, à quel point ils étaient grands.

OUM KULTHUM À L’OLYMPIA DE PARIS LE 14 NOVEMBRE 1967. KEYSTONE-FRANCE / GAMMA-KEYSTONE VIA GETTY IMAGES.

En 1967, il assiste avec Christoph von Weyhe au concert d’Oum Kulthum, à l’Olympia de Paris. À la fin du concert ils auront la chance unique d’aller la saluer dans sa loge. Azzedine Alaïa très ému de rencontrer ainsi le mythe de son enfance, gardera de cette expérience un souvenir émerveillé qui le marque pour les années à venir.

1968-1970

Après 1968, l'esprit de l'époque a changé. Il n' y avait plus ce sens des choses de la haute couture. Les femmes voulaient des robes plus simples, c'était un peu plus ennuyeux, j'ai décidé de modifier mon concept, toutes les belles filles étaient parties, quelques femmes étaient parties vivre en dehors de Paris. Je devais faire quelque chose.

À la fin des années soixante, j'avais dix-huit ouvrières et deux secondes d'atelier qui avaient travaillé pour Balenciaga avant qu'il ne ferme sa maison.

À la fermeture de la Maison Balenciaga, Alaïa sauve des robes du grand couturier en les acquérant. Ce patrimoine vulnérable de la mode est une révélation pour lui… Il commence sa collection des maîtres d’exception de la mode.

J’ai récupéré certaines de ses créations après la fermeture de la maison : la directrice de Balenciaga, qui était la tante de l’une de mes vendeuses, m’a proposé de venir voir ce qu’il y avait et m’a dit qu’elle me ferait des prix. Je suis rentré chez moi avec deux sacs poubelles pleins. C’est comme ça que j’ai commencé à collectionner des créations de mode.

La complicité avec Louise de Vilmorin cesse avec la mort de Louise en 1969 : Ils ont partagé une foule d’extravagances et de rêves, sa disparition le marque profondément, c’est la fin d’une période importante de sa vie, dont il parlera toujours.

René Clair qu’il a connu avec Louise de Vilmorin, lui présente Claudette Colbert pour laquelle il fait des vêtements.

En 1970 Alaïa fait la rencontre de Patrick Modiano, c’est le début d’une amitié qui durera toute sa vie.

1971-1978

La maison d'arletty à Donnant, 1971 dessin original Christoph von Weyhe

Azzedine et Christoph sont toujours très proches d’Arletty qui les invite à passer des vacances à Belle-Île-en-Mer où elle possède une petite maison de pêcheur, proche de la plage de Donnant sur la côte sauvage de l’île.

Elle m'a invité deux fois dans sa maison de Belle-île. On se baladait, on faisait la cuisine, elle me racontait des histoires de cinéma. On parlait de tout. L'influence est là. J'adorais sa façon de s'habiller, ses tailleurs Chanel qu'elle portait nue sous sa veste ou avec un justaucorps de chez Repetto. C'est elle qui m'a donné l'idée de faire des bodies. Elle remontait la jupe de son tailleur avec une épingle pour en changer l'ampleur. Je me disais en la regardant : "C'est çà, le chic Parisien."

Cécile de Rothschild, une de ses fidèles clientes, lui présente Greta Garbo. Il crée des vêtements pour elle en prenant comme modèle la carrure de Christoph, pour les manteaux que la divine voulait amples et masculins.

Il y avait Garbo, assise là, dans un grand col roulé avec les manches rabattues vers le bas de façon à ce que vous ne puissiez voir ses mains. J'ai regardé ses yeux, son nez, ses paupières...Incroyable. Elle était vraiment, absolument, magnifique. Elle m'a demandé de lui faire un grand manteau, large, comme un manteau militaire, et en bleu. Elle avait son propre style. Je lui ai fait des pulls en jersey, des pantalons droits ajustés, des chaussures plates et trois gros pardessus.

soumaré photo en attente

En 1971, il rencontre Ibrahim Soumaré. Il lui donne une chambre de bonne dans l’immeuble qu’il occupe rue de Bellechasse. Soumaré s’occupe de tout : le ménage, la cuisine, les livraisons, le repassage… il restera auprès d’Azzedine tout au long de sa vie.

Je faisais quatre-cinq modèles pour mes clientes.

Voyage avec Christoph et Leila à Hammamet où les Zerhfuss possèdent également une maison.

azzedine alaïa dans son atelier rue de Bellechasse, 1976 © MUUS/SIPA PRESS

Grâce à Jean Daniel, il fait la connaissance d’Edgar Morin et se lie d’amitié avec sa femme, Johan Harrelle, actrice et mannequin Canadienne.

JOHANNE HARRELLE

C’est elle qui lui offre son chien Patapouf. Après Patapouf il y aura Wabo et Barouf, Waka, Anouar…

azzedine alaïa avec ses chiens ph. fondation azzedine alaïa

Entre 1976 et 1979, il travaille pour différentes Maisons de fourrure, dont La Madeleine, Robert Sack et Panthère Club. Il fait des robes perforées pour la collection de Pennel et Flipo. Lison Bonfils est devenue styliste de mode et est toujours très proche.

1979

Grâce à Lison Bonfils, épouse du fils d’Alain Bernardin, il signe les costumes des danseuses du Crazy Horse.

costume créé pour le crazy horse de paris ph. George de keerle

C'étaient des costumes de scène dans lesquels les filles bougeaient et qui devaient pouvoir s'enlever très rapidement...Alain Bernardin n'arrêtait pas de me dire que "le derrière" était toujours plus important que le buste dans le spectacle. Et donc j'ai fait les vêtements en conséquence, faciles à enlever.

En 1979, il rencontre Thierry Mugler grâce à Lilou Grumbach. Commence entre les deux hommes une grande amitié qui durera des années. Thierry Mugler accompagne les journalistes les plus en vue déjeuner rue de Bellechasse, pour qu’ils puissent voir son travail. Comme Francine Crescent du Vogue France. Ils partent plusieurs fois ensemble avec Christoph passer des vacances à Sidi Bou Saïd chez Latifa ou à Hammamet chez Leila Menchari.

Thierry Mugler a été le premier à s'intéresser à mon travail. Il m'a présenté beaucoup de journalistes.

thierry mugler dans son atelier ph. Jean-Régis Roustan

Thierry Mugler lui présente aussi Melka Treanton, journaliste de Depeche Mode qui travaille aussi pour La Courtelle, il fait pour eux des manteaux et des cirés noirs.
Thierry Mugler lui demande de créer des tailleurs smoking pour sa collection. Il y travaille avec Izet Curi qui le rejoindra ensuite rue de Bellechasse, dans son atelier.

Thierry Mugler le remercie dans son dossier de presse: « merci à mon ami Alaïa pour m’avoir aidé à confectionner la série des smokings. »

melka treanton

Il aide la styliste Christine Bailly, en lui montant des toiles, par amitié. Elle est mariée à l’architecte Lucio Stinco, un ami avec qui il avait étudié à l’école des Beaux-Arts de Tunis. Christine Bailly lui présente un jour Marie Rucki qui dirige le Studio Berçot. Ensemble ils vont travailler pour une collection de Jacques Heim et ils resteront amis leur vie durant.

marie rucki ph. mathew rolston

Avec Marie, je parle au téléphone une ou deux heures par jour, tous les jours.

Charles Jourdan lui demande de dessiner une collection en cuir.

Charles Jourdan cherchait quelqu'un pour faire une collection de prêt-à-porter. Je n'avais aucune idée par quel bout commencer ou finir pour une faire une chose pareille. Mais j'ai pensé qu'il fallait que je le fasse de toute manière. J'avais des robes en cuir avec des œillets depuis 1976. Quand ils ont vu la collection, ils ont crié, ils m'ont dit que c'était sado-maso.

En octobre 1979, Michel Cressole, célèbre journaliste de Libération, lui consacre son premier article important. C’est un double portrait, incluant Azzedine Alaïa et Serge Lutens « Deux solitaires à la recherche de le mode retrouvée ». Les deux hommes se lient d’amitié et il fait la connaissance d’Andrée Putman qui le soutiendra, toujours.

andrée putman

Il continue à faire son travail de couturier. Il crée des robes avec des œillets, des bérets, des gants, des jupes.

On avait une machine pour faire les œillets dans les ceintures, et je l'utilisais sur une pièce de tissu pour en tester la résistance. J'ai trouvé que ça donnait au tissu une belle allure et que ça le faisait bien bouger. J'ai fait cette robe pour une cliente, Madame Moreira Salles. Ensuite elle a trouvé que la robe était trop dure à porter avec ces rivets.  Donc on lui a fait une robe fourreau à la place. Mais la robe est restée, et j'ai fini par la garder.

robe cuir, 1981

Ayant conservé toutes les pièces faites pour Charles Jourdan, il les montre à Rosine Baldaccini, l’épouse de César qui lui présente Nicole Crassat, rédactrice en chef mode du magazine Elle.

illustration de hazel gomes pour le magazine Elle ph.DR

Grâce à Nicole Crassat, les premières photos paraissent dans Elle en novembre 1979, avec des illustrations de Hazel Gomes.
Nicole Crassat accompagne Carlyne Cerf rue de Bellechasse et la présente à Alaïa, c’est le coup de foudre.

Toi, tu t’assois là et tu restes dîner.

A partir de ce jour, ils seront amis pour la vie. Carlyne le surnomme affectueusement « Dindin ».

Nicole avait vu, rue de Bellechasse quelques vêtements que j'avais fait pour Charles Jourdan. Elle a publié les premières photos de mes modèles dans le magazine Elle. Les rédactrices m'ont demandé de leur prêter ces vêtements pour qu'elles puissent les porter durant la présentation des collections.

1980-1981

La styliste Françoise Ha Van, lui présente en 1980 Carla Sozzani, directrice des numéros spéciaux de Vogue Italie.

ALAÏA ET CARLA SOZZANI À PORTOFINO, 1980.

Désormais, les rédactrices de mode s’habillent toutes en Alaïa. Aux défilés de l’automne 1981, Nicole Crassat et Carlyne Cerf portent du Alaïa et sont photographiées partout.

Carlyne Cerf de Dudzeele et Nicole Crassat en alaïa, octobre 1981

Nicole Crassat avait un tailleur de cuir, Brigitte Langevin une robe zippée, Carlyne Cerf une robe en jersey ainsi qu'une ceinture drapée en cuir clouté. La styliste Lison Bonfils, portait quant à elle une jupe de mousseline perforée et des gants à œillets.

Son style inhabituel a attiré le regard de Bill Cunningham du Women’s Wear Dealy, qui a écrit le 23 novembre 1981 qu’un « styliste inconnu » était « en train de » réhabiller les femmes dans des vêtements conçus pour mettre en valeur leurs courbes.

Bill Cunningham les a photographiées dans la rue et pendant la soirée organisée au Palace.

En novembre 1981 Carla Sozzani consacre à Alaïa un sujet de plusieurs pages sur le Vogue Pelle.

Vogue pelle, novembre 1981 ph. gilles tapie

Dans les années quatre-vingt, j'ai rencontré Carla Sozzani, une femme étonnante qui m'a accompagné dans toute la suite de ma carrière.

Il rencontre Prosper Assouline éditeur du magazine Le Palace, qui lui consacre un portrait. De là naîtra une amitié qui durera toute la vie et Azzedine sera le parrain de ses enfants.

Grace jones en couverture deu magazine Le Palace créé par prosper assouline ph. dr

1982

Dawn Mello, directrice de Bergdorf Goodman, lui propose de faire un défilé à New York. Quand Thierry Mugler lui annonce la nouvelle, il n’y croit pas.

Bergdorf Goodman m'a envoyé une lettre pour me proposer de venir défiler à New York. J'ai cru que Thierry Mugler me faisait une blague, je n'avais que dix modèles. Bergdorf m'a ensuite envoyé un télégramme auquel je n'ai pas répondu non plus.

Thierry Mugler insiste, l’encourage à accepter. Il travaille avec acharnement pendant deux mois pour préparer la collection. Mugler lui donne les noms des plus beaux mannequins de New York et l’aide à faire les castings. Maud Frizon lui fait les chaussures. Lison Bonfils l’aide pour la maille et lui présente Silvia Bocchese qui fabrique en Italie pour plusieurs Maisons françaises. Ils travailleront toujours ensemble sur les collections maille.

Lison Bonfils m'a emmené chez une fabricante italienne de maille avec laquelle j'ai fait quelques pièces pour ce défilé. Un pull blanc, des pulls noirs, une robe taupe. Je ne savais pas ce qu'allaient donner les fils qu'elle me montrait. Nous avons d'abord fait des essais. La technicienne faisait un point et après un autre. Je regardais le résultat puis je lui demandais de faire un peu plus serré.

parterre au défilé de Bergdorf

En septembre 1982, il défile à New York, dans les salles de Bergdorf Goodman. Dans les coulisses il est aidé par Thierry Mugler qui l’aidera aussi à traduire pour les interview de presse. Nicole Crassat et Andrée Putman sont là pour le soutenir. Paloma Picasso est là. Il rencontre Andy Warhol qui est venu assister au défilé. Il dédie la collection à Arletty:

J'ai fait une silhouette parisienne. Que des robes en jersey noir, pas de bijoux, pas d’accessoires. Une collection vierge de toute décoration, comme est et dit Arletty! A ma grande surprise, le défilé a eu beaucoup de succès.

dessin de george stavrinos pour Bergdorf Goodman, 1982

Prosper Assouline fait un grand sujet sur Alaïa dans son magazine La Mode en peinture avec les dessins de Gérard Failly.

La mode en peinture, Gérard Failly, 1982

Ce défilé lui donne confiance et il peut penser à s’agrandir, toujours rue de Bellechasse.

Après le défilé de New York, des commandes énormes sont arrivées. Nous avons alors eu les moyens de faire davantage des échantillons.

Il rencontre avec Carla sa sœur Franca, directrice du magazine Lei. C’est le coup de foudre, et le début d’une amitié forte et solide pour la vie. Il sera le parrain de son fils.

Elle a le visage d'un ange.

FRANCA sozzani et AZZEDINE Alaïa

Carlyne Cerf et Azzedine Alaïa à New York

De Franca et de Carlyne, il répétait toujours:

Dans la vie on a deux familles, celle dont on hérite et celle que l'on se choisit.

La même année, Sylvie Grumbach, très proche de Jean-Paul Goude et d’Azzedine Alaïa les présente l’un à l’autre. Ils se lient d’amitié immédiatement, et réaliseront de nombreux projets ensemble.

1983

Grâce à l’agence Mafia de Maïmé Arnodin et Denise Fayolle, il fait une petite collection pour les 3 Suisses, la première enseigne à permettre  à un large public d’avoir accès à des créateurs « haut de gamme » en réinterprétant leurs succès et modèles fétiches tout en les produisant à des prix accessibles.

les modèles d'azzedine alaïa se font sur commande

Il fonde avec Christoph von Weyhe et Melka Treanton sa société de mode, Alaïa SARL et enregistre la marque Alaïa.

azzedine alaïa et Micheline Saint-Marie dite Mirabelle

Mirabelle quitte Thierry Mugler pour s’occuper du développement commercial chez Alaïa. Avec elle, la Maison prend forme, elle connait tous les clients et fait preuve d’une grande détermination. Le grand succès ne tarde pas à arriver, elle restera dix-huit ans aux côtés d’Azzedine Alaïa. Toujours fidèles l’un envers l’autre, Mirabelle a passé la dernière partie de sa vie chez Azzedine qui s’occupait d’elle jour après jour.

Zuleika Ponsen, la mannequin muse de Thierry Mugler, rejoint elle aussi Azzedine Alaïa dans la nouvelle Maison, qu’il vient de fonder. Elle devient sa muse et mannequin préféré et ensemble ils voyageront en Italie et dans le monde.

zuleika ponsen, azzedine alaïa

Il présente sa première collection de Prêt-à-porter – Printemps Été 1983 – à Paris, rue de Bellechasse. Son assistant Éric Sartori arrivé en 1980, travaillera quinze ans à ses côtés.

azzedine alaïa, éric sartori, rue de bellechasse ph. peter knapp

azzedine alaïa, jean-paul goude

Jean-Paul Goude qui doit réaliser une publicité pour un parfum, demande à Azzedine Alaïa des vêtements pour habiller Farida Khelfa. Après leur rencontre, Azzedine et Farida ne se sont plus quittés, elle défilera et travaillera pour lui, et sera un soutien continu. Il sera le parrain de ses enfants.

Pour la collection Été 1984, il fait défiler les filles dans la rue, l’atelier de la rue de Bellechasse étant devenu trop étroit.

azzedine alaïa et farida khelfa

1984

la boutique du 17 rue du parc-royal, miroirs par andrée putman

Alaïa emménage au 17 rue du Parc-Royal, un hôtel particulier décoré par son amie designer Andrée Putman.

Veronica Webb, Linda Spierings, et Linda Evangelista commencent à défiler pour lui.

AZZEDINE ALAÏA ET LINDA SPIERINGS. PH. JEAN-LUCE HURÉ.

Linda Evangelista et Alaïa, photographiés par Sante D’Orazio.

1985

Il présente ses créations des trois dernières années au Palladium de New York, dans un décor conçu par Jean-Paul Goude, avec plus d’une cinquantaine de mannequins et plus de mille invités, parmi lesquels Andy Warhol, tous habillés de noir à la demande de Monsieur Alaïa. L’évènement, sponsorisé par Barneys New York, a été ovationné par le public.

Le Ministère de la Culture Française honore Alaïa aux Oscars de la Mode avec deux prix, « Meilleure Collection Française » et « Meilleur Designer de l’Année ».

A LA CÉRÉMONIE À L’OPÉRA DE PARIS, ALAÏA ACCOMPAGNÉ PAR GRACE JONES QUI PORTE LA CÉLÈBRE ROBE « BANDAGES » . PH. PETER TURNLEY / CORBIS / VCG VIA GETTY IMAGES.

LE DÉFILÉ AU CAPC MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE BORDEAUX

L’exposition ‘Fashion 1980-1985 : A day with Azzedine Alaïa’ est présentée au CAPC, Musée d’Art Contemporain de Bordeaux, sous la direction artistique de Jean-Louis Froment. Les créations d’Alaïa sont présentées aux côtés des œuvres de l’artiste Dan Flavin. Jean-Louis Froment fut le premier à l’inviter dans un musée français. Une longue amitié nourrie d’admiration mutuelle réunit les deux hommes.

GRACE JONES AVEC LES COSTUMES CRÉÉS POUR LE FILM « JAMES BOND : A VIEW TO A KILL ».

Alaïa crée la majeure partie des costumes que Grace Jones portera dans le film de John Glen, « James Bond : A View to a Kill ».

Pour la collection Printemps-Eté 1985 il collabore avec César.

YASMIN LE BON AUTOMNE-HIVER 1984 / 85 PHOTOGRAPHIÉE PAR PETER LINDBERGH.

1986

AZZEDINE ALAÏA ET NAOMI CAMPBELL, NEW YORK, 1987, PHOTOGRAPHIÉS PAR ARTHUR ELGORT..

Naomi Campbell fait ses débuts sur les podiums chez Azzedine Alaïa.
La collection Printemps-Eté 1986 comprend des robes faites de «bandage » de jersey qui épousent le corps, elles sont inspirées des momies de l’Egypte Antique.

Il devient l’ami proche de Tina Turner et rencontre aussi l’architecte Sophie Hicks, ainsi que deux grands photographes de mode Paolo Roversi et Peter Lindbergh avec qui il se liera d’amitié.

 

AZZEDINE ALAÏA ET TINA TURNER, PHOTOGRAPHIÉS PAR PETER LINDBERGH.

SÉRIE ‘LE TOUQUET’ PHOTOGRAPHIÉE PAR PETER LINDBERGH.

AZZEDINE ALAÏA ET PAOLO ROVERSI, PHOTOGRAPHIÉS PAR PAOLO ROVERSI.

1987

AZZEDINE ALAÏA ET CHRISTOPH VON WEYHE AU 18 RUE DE LA VERRERIE 1987, PHOTOGRAPHIÉS PAR ARTHUR ELGORT.

Azzedine Alaïa fait l’acquisition d’un entrepôt du 19ème siècle au numéro 18 de la rue de la Verrerie dans le quartier parisien du Marais, il le fait restaurer, créant à l’intérieur son appartement, son atelier, et une boutique décorée de meubles de son ami, l’artiste Julian Schnabel.

Il commence à présenter ses défilés dans cet immeuble pendant que les travaux de restauration se terminent.

 

azzedine alaïa et Maryline Bellieud-Vigouroux. ph.DR.

Azzedine Alaïa est Président d’honneur de la Maison Méditerranée Mode Marseille. C’est l’artiste César qui organise la rencontre avec Maryline Bellieud-Vigouroux, alors épouse du Maire de Marseille, qui a l’ambition de doter la cité phocéenne d’un musée de la Mode et d’un pôle de formation aux métiers de la mode. Séduit par le projet, Azzedine Alaïa accepte de participer à l’aventure en devenant le premier Président d’honneur de MMMM. Il fait une donation au musée de 100 ensembles de ses collections, dont la divine robe sculpture portée par Grace Jones. Il le guidera aussi dans ses premières acquisitions : Mariano Fortuny, Elsa Schiaparelli, Madeleine Vionnet.

STEPHANIE SEYMOUR, VOGUE, JUIN 1987. PHotographiée par ARTHUR ELGORT.

1988

Azzedine Alaïa et Julian Schnabel, à New York.

Une première boutique Alaïa ouvre à New York. Les meubles de Julian Schnabel décorent le lieu.

La collection Printemps-Eté 1988 est présentée rue de la Verrerie au mois de mai, deux mois après les défilés des collections des autres designers. A partir de cette date il défilera lorsque les vêtements sont prêts, et non plus selon le calendrier officiel de la mode. C’est également à ce moment qu’il commence à travailler avec Joe McKenna.

Azzedine Alaïa et Joe McKenna, photographiés par Bruce Weber.

Les mannequins les plus célèbres du monde entier défilent à chacune des présentations de ses collections, parmi elles, Stephanie Seymour, Yasmin Le Bon, Christy Turlington, Farida Khelfa.

AZZEDINE ALAÏA ET FARIDA KHELFA, PHOTOGRAPHIÉS PAR JEAN-PAUL GOUDE.

« HOTEL DU NORD », MARIE-SOPHIE WILSON-CARR À PARIS, 1988. SÉRIE PHOTOGRAPHIÉE PAR PETER LINDBERGH.

1989

AZZEDINE ALAÏA, JESSYE NORMAN ET JEAN-PAUL GOUDE.

Alaïa crée la robe tricolore de Jessye Norman pour la cérémonie de commémoration du 200ème anniversaire de la Révolution Française qui aura lieu à Paris, ainsi que tous les costumes du défilé de commémoration.

Alaïa est naturalisé français.

1990

Azzedine Alaïa et Christoph von Weyhe emménagent rue de Moussy.

1991

Christy Turlington collection Tati ,1991. Ph. Patrick Demarchelier et Carlyne Cerf de Dudzeele.

Pour sa collaboration avec Tati, Alaïa propose un sac, un T-shirt, et une paire d’espadrilles. C’est la première fois qu’un couturier travaille en collaboration avec une marque de distribution populaire.

La collection Automne/Hiver 1991 est un hommage aux imprimés léopard.

Collection Automne / Hiver 1991. Ph. Jean-Baptiste Mondino and Carlyne Cerf de Dudzeele.

1992

COLLECTION PRINTEMPS-ETÉ 1992. PH. PROSPER ASSOULINE.

La collection Printemps-Eté 1992 est marquée par la publication d’un livre de photographies, édité par Prosper Assouline.

Sa sœur tant aimée, Hafida, décède. Azzedine Alaïa s’éloigne de la mode.

1995

Alaïa ne fait plus de grands défilés pendant quelques années, mais continue de créer des vêtements pour une clientèle privée et de vendre sa ligne de Prêt-à-Porter à quelques boutiques.

CAROLYN CARLSON. PH. NICOLAS TREATT.

Il crée les costumes pour le ballet de Carolyn Carlson, « Vue d’ici, the View », présenté au Théâtre de la Ville à Paris. La robe « houppette » fait partie des costumes du ballet.

Azzedine Alaïa est nommé président d’honneur de l’Institut Mode Méditerranée sur une invitation de Maryline Vigouroux.

Il collabore avec Olivier Saillard sur le Musée de la Mode de la ville de Marseille. Ils deviennent des amis proches.

OLIVIER SAILLARD ET AZZEDINE ALAÏA.

1996

PALAZZO CORSINI, FLORENCE 1996.

La première rétrospective de son travail est présentée au Palazzo Corsini à Florence sous la direction artistique de Carla Sozzani.

À l’occasion de la Biennale de la Mode et de l’Art de Florence, une robe d’Azzedine Alaïa est exposée avec des tableaux de Julian Schnabel.

AZZEDINE ALAÏA ET JULIAN SCHNABEL À LA BIENNALE DE FLORENCE, 1996.

1997

EXPOSITION AU GRONINGER MUSEUM, TABLEAU DE CHRISTOPH VON WEYHE, 1997.

Une exposition au Groninger Museum sous la direction artistique de Mark Wilson présente les modèles d’Alaïa en conversation avec les œuvres de Basquiat, Christoph von Weyhe, César, Pablo Picasso, Julian Schnabel et Andy Warhol.

1998

Publication de son livre d’images prises par ses amis photographes célèbres, parmi lesquels Bruce Weber, Peter Lindbergh et Paolo Roversi. L’écrivain français Michel Tournier offre un texte.

1999

CARLA SOZZANI ET AZZEDINE ALAÏA, PHOTOGRAPHIÉS PAR PAOLO ROVERSI.

Azzedine Alaïa commence à collaborer avec Carla Sozzani sur le développement de la Maison Alaïa.

Azzedine Alaïa, Carla Sozzani, Christoph von Weyhe, 2000. Ph. Alec Soth.

2000

Le groupe Prada investit dans la Maison Alaïa, ce qui lui permet de se développer.

EXPOSITION AU GUGGENHEIM, DOWNTOWN NEW YORK, TABLEAU DE ANDY WARHOL, 2000.

Une exposition de vêtements Alaïa est accueillie au Guggenheim, Downtown New York, en conversation avec les tableaux « Last Supper » d’Andy Warhol, sous la direction artistique de Mark Wilson.

2002

La collection Eté/Hiver est présentée lors d’un défilé à la boutique 7 rue de Moussy. Depuis plusieurs années la Maison n’avait pas présenté ses collections sous forme de défilé.

2003

COLLECTION HAUTE COUTURE 2003.

Du premier défilé exclusivement Haute Couture de la collection 2003, les thèmes forts sont des vestes tailleurs ornées de peaux de crocodile ; des robe-fourreaux à manches longues avec des fermetures à glissière visibles qui contournent le corps sur toute la longueur du vêtement. Alaïa revisite quelques-unes de ses signatures visuelles les plus distinctives.

2004

Azzedine Alaïa dans sa galerie. Ph. Sylvie Delpech.

Alaïa fonde la Galerie Azzedine Alaïa au 18 rue de la Verrerie. Il ouvre les portes de sa Maison où il expose les talents des domaines de l’art, de la mode, du design, de la photographie, et de la littérature.

2007

Azzedine Alaïa rachète à Prada les parts qu’ils détiennent dans la Maison Alaïa, et rejoint le Groupe Richemont.

Il fonde l’Association Azzedine Alaïa avec Christoph von Weyhe et Carla Sozzani afin de protéger ses archives de la mode, du design et de l’art. Cette Association a pour projet de devenir une Fondation reconnue d’utilité publique (le Ministère de l’Intérieur accordera cette reconnaissance le 28 février 2020). Le logo de l’Association Azzedine Alaïa – le A et les deux points – a été peint par Julian Schnabel en 1996 en hommage à son ami Azzedine.

Pendant les années suivantes on trouve parmi les artistes exposés : Shiro Kuramata, Pierre Paulin, le Memphis Group, Andrea Branzi, Bettina, Pierre Guyotat, Kris Ruhs, Jean Nouvel et Claude Parent, Christoph von Weyhe, Richard Wentworth.

Christoph von Weyhe, Azzedine Alaïa, Carla Sozzani. Dessin de Gladys Perint Palmer.

2011

L’exposition «Azzedine Alaïa au 21ème siècle» est présentée au Groninger Museum, elle voyagera ensuite à Düsseldorf en 2013, à chaque fois sous la direction de Mark Wilson.

Alaïa présente en janvier son deuxième défilé exclusivement Haute Couture, ovationné par le public.

Collection Haute Couture 2011. Ph. Ilvio Gallo.

2013

Alaïa crée les costumes pour le ballet d’Angelin Preljocaj « Les Nuits », conçu pour le Festival de Danse de Montpellier.

Une rétrospective à Düsseldorf, « Azzedine Alaïa », sous la direction de Mark Wilson, ouvre au Kunstpalast.

Alaïa crée les costumes pour l’opéra de Mozart « Les Noces de Figaro », réalisé par Christopher Alden avec La Philharmonique de Los Angeles et une scénographie de Jean Nouvel.

JEAN NOUVEL ET AZZEDINE ALAÏA.

Après plusieurs années de fermeture et une campagne de rénovation, Le Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris, ouvre ses portes en consacrant à Azzedine Alaïa sa première exposition rétrospective à Paris, sous la direction artistique d’Olivier Saillard. Elle est un véritable succès pour le musée, avec près de 130 000 visiteurs.

PALAIS GALLIERA, MUSÉE DE LA MODE DE LA VILLE DE PARIS, 2013. PH. ILVIO GALLO.

PETER LINDBERGH, PAOLO ROVERSI, AZZEDINE ALAÏA, JEAN-BAPTISTE MONDINO, GILLES BENSIMON, LORS DU VERNISSAGE DE L’EXPOSITION AU PALAIS GALLIERA, PARIS 2013.

Une autre exposition ouvre simultanément au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dans la « Salle Matisse ».

CHRISTOPH VON WEYHE, AZZEDINE ALAÏA, JEAN-LOUIS FROMENT au Musée d'art moderne de la ville de Paris, dans la 'salle Matisse", 2013.

2014

Azzedine Alaïa rend hommage à travers une exposition à son amie proche de toujours, Bettina Graziani, dans sa galerie au 18 rue de la Verrerie.

2015

GALLERIA BORGHESE, ROME 2015. PH. ANDREA&VALENTINA.

La Galleria Borghese présente une exposition du travail d’Alaïa, «Couture/Sculpture», sous la direction d’Anna Coliva et la direction artistique de Mark Wilson.

Il crée des pièces uniques pour les danseuses Maria Alexandrova et Blanca Li, qu’elles porteront dans le ballet « Goddesses and Demonesses ».

2016

Joe McKenna réalise un film sur le travail et la vie de Monsieur Alaïa.

2017

Alaïa présente son troisième défilé exclusivement Haute Couture, la collection Hiver 2017. Naomi Campbell ouvre le défilé.

Il collabore avec le chorégraphe Jonah Bokaer pour son ballet « Shaharazad ».

Présentation début novembre de la collection Eté 2018.

Azzedine Alaïa décède à Paris le 18 novembre. Il repose au cimetière de Sidi Bou Saïd.

azzedine alaïa. Ph. Patrick Demarchelier.