Studio

Je dessine juste pour garder la mémoire de mon travail. Je trace un patron sur papier-calque, je le découpe et je l'accroche avec une épingle sur une feuille. Ensuite, je démarre sur un mannequin d'atelier, mais il faut quelqu'un pour l'essayage. Car une femme marche, son corps bouge, et j'ai besoin de voir comment le tissu se comporte sur elle. Azzedine Alaïa

azzedine alaïa dans son studio © fondation azzedine alaïa

Son studio est situé au premier étage, entre sa cabine d’essayage et ses appartements. Le studio est resté exactement comme il l’a laissé, avec la dernière robe sur laquelle il était en train de travailler, sur un mannequin.

Toujours très encombré, il y a des étagères et des cintres pleins de vêtements, des toiles non finies, des piles de boîtes entassées contre les murs, des rouleaux de tissu, des affaires partout étalées sur ou sous les tables, des catalogues des ventes aux enchères…. Sur le mur en face de sa table de travail, les photos de ses amis les plus proches et la photo de Oum Kalthoum. A son coté un grand miroir pour les essayages.

Naomi Campbell et Azzedine Alaïa, séance d'essayage © fondation azzedine alaïa

Pour mes essayages, je fais toujours marcher et asseoir le mannequin. Mes robes doivent vibrer d’elles-mêmes. Les femmes m’aident beaucoup ! Le vêtement doit être emporté par le corps.

En 2023, le 26 février, jour de naissance d’Azzedine Alaïa, la Fondation a dévoilé pour la première fois au public, un lieu tenu secret depuis la disparition du couturier le 18 novembre 2017 : le studio d’Azzedine Alaïa.

Il s’agit sans nul doute du lieu le plus empreint du souvenir de Monsieur Alaïa : chaque recoin de cette pièce raconte le couturier mais aussi l’homme qu’il était.

Les visiteurs pourront dorénavant découvrir le Studio d’Azzedine Alaïa au travers d’une fenêtre, et imaginer le couturier à l’œuvre, de jour comme de nuit, dans son antre, rêver aussi des séances d’essayage avec les plus belles mannequins du monde.

vue sur le studio d'azzedine Alaïa ph. Sylvie Delpech

« Capharnaüm poétique, où les idées naissent et prennent corps, l’atelier d’Azzedine Alaïa, représente un cœur au sein de la maison de couture et des appartements privés du couturier.

Dans cet ilot de création, situé au premier étage, pris en étau entre sa cabine d’essayage et les espaces privés, l’atelier concentre les souvenirs des plus belles collections de Alaïa.
Depuis 1987, c’est ici même dans ce que l’on a coutume d’appeler son studio que le couturier invente, conçoit, coupe et modélise ces robes qui sont des architectures hors des temps de la mode.

Ici même, dans cette forêt de portants et de vêtements en cours d’achèvement, Azzedine Alaïa a pour habitude de se réfugier tard le soir. Quand les derniers amis quittent la cuisine, autre endroit de vitalité et d’esprit des lieux, il monte l’escalier et vient s’accouder à sa table de travail.

Dans son uniforme bleu comme la nuit, Alaïa s’apprête à travailler jusqu’à l’aube. On peut le voir épingler une forme de manche, puis ôter nerveusement ces mêmes pointes de métal et pour qui n’est pas au fait des techniques de coupe et de modélisme, on croirait Alaïa devenu contremaître. Des règles graduées, parfois courbes comme le dos d’un oiseau, servent à des prises de mesures qui chez lui sont devenues écriture automatique. Sur cette table, véritable miroir des mains du couturier une géographie des corps s’élabore chaque soir. Des morceaux de tissus sont bientôt les doubles et les reflets des bras, des gorges et des hanches qu’ils vont caresser sous peu. Jusqu’à point d’heure Oum Kalthoum accompagne Azzedine dans sa mission. Elle chante aussi inlassablement qu’il coupe. Sur le mur de brique, le couturier n’a qu’à lever la tête pour retrouver ses amis de longues dates, fées, marraines et muses qui l’ont accompagné dans l’épanouissement de son art. Arletty, Tina Turner, Naomi, Veronica Webb, Stephanie Seymour, Carla Sozzani, Michèle Obama, Shakira, Bruce Weber, Charles Baudelaire …. sont les photos comme les feuilles d’un arbre secret tombées. À sa droite, un écran géant diffuse les reportages animaliers dont Alaïa est friand.

le studio d'azzedine alaïa ph. Sylvie Delpech

Au lendemain, les mannequins peuvent le retrouver. Devant le grand miroir orné d’un cadre or, s’exercent alors les essayages, les corrections. Alaïa fait et défait sur les corps somptueux des états de vestes, de manteaux et de robes du soir non moins somptueux.

Dans cet antre insolite où les rouleaux de tissus assourdissent les voix et les pas, des collections entières et célèbres ont été réalisées, des robes éternelles sont éclosent grâce au grand art de Alaïa, dernier couturier en titre.

Déjà cinq années qu’ici même tout a été tenu au silence, recouvert de draps blancs. Pas un vêtement, pas une esquisse, pas un outil, une aiguille qui n’aient été bougés.

Il est temps désormais de lever ces voiles de pudeur et de révéler au grand public l’atelier, forteresse des idées et de l’imagination du couturier.

Dans une scénographie subtile, le visiteur pourra percevoir l’esprit de ce lieu unique où les rires et les passions d’un métier semblent encore résonner. »

Olivier Saillard, directeur de la Fondation Azzedine Alaïa

le studio d'azzedine alaïa ph. Sylvie Delpech

 Quand je suis seul, je regarde les nouvelles à la télévision, je regarde National Geographic, des programmes sur l’Histoire ou les animaux. Et ensuite je travaille jusqu’à 6h du matin, je ne me sens pas fatigué parce que je suis seul et calme.

  • Azzedine Alaïa, séance d'essayage, 1998 ph. prosper Assouline

  • Azzedine Alaïa, séance d'essayage, 1998 ph. prosper Assouline

  • azzedine alaïa dans son studio ph. Prosper assouline

  • azzedine alaïa dans son studio ph. jean-marie périer